Réalisé par Jorge Furtado
Documentaire
Brésil - 1989 - Couleurs
M. Suzuki est japonais. C'est donc un être humain. Il plante des tomates non pas pour les manger mais pour les échanger contre de l'argent à un supermarché. A partir de là, nous suivons le trajet de l'une de ces tomates, qui va échapper à la sauce d'un plat de porc familial pour finir à l'authentique décharge de l'Île aux Fleurs, au Brésil.
Quinze minutes suffisent pour expliquer le système du commerce mondial. Quinze minutes d'images agrémentées de commentaires d'un humour implacable. Jusqu'à la fin où tout le monde arrête de rire.
Furtado joue avec des
idées simples
("l'être humain se distingue des autres animaux par son
téléencéphale développé et son pouce
préhenseur"); des images décalées (le
champignon atomique pour illustrer les capacités intellectuelles
et techniques de l'être humain); des slogans bien
lancés ("se souvenir c'est vivre"); des élucubrations
moins innocentes qu'elles n'y paraissent (l'invention de la monnaie)
pour simplement dévoiler les aberrations d'un
système commercial mondialisant qui se prétend
parfait et porteur de richesses.
Réal.:
FURTADO Jorge - Prod.: CASA DE CINEMA - Marque:
LIBERATION FILMS
Descripteurs : BRESIL / CONSOMMATION / DECHET MENAGER / ECONOMIE DE
MARCHE / PAUVRETE / RECYCLAGE DES DECHETS / RELATIONS NORD-SUD /
CAPITALISME / ECONOMIE / NUISANCE / PRODUCTION INDUSTRIELLE /
TRAITEMENT
DES DECHETS / DISTRIBUTION COMMERCIALE / DECHET / TOMATE / DECHARGE /
MONDIALISATION
Résumé : Une tomate est plantée,
récoltée, vendue au supermarché, mise à la
poubelle et termine sa course dans une décharge appelée
"L'île aux fleurs", près de Porto Alegre (Brésil),
où elle devient un déchet dont les pauvres se
nourrissent... En traçant le chemin d'une tomate, le
réalisateur réussit dans l'espace de douze minutes
à démontrer les mécanismes de la
société de consommation ainsi que les injustices qu'ils
engendrent. Parodie du documentaire classique, ce court métrage
traite doctement mais sobrement, avec une logique imparable mais aussi
avec humour, des rapports production-distribution- consommation dans
une
variation philosophico-politique sur l'être humain et
l'économie. Pris au premier degré, étudié
comme un document sur les structures économiques ou
analysé en tant qu'écriture filmique originale, ce film
ne
laisse pas indifférent. Note: Ours du Meilleur Court à
Berlin en 1990; Prix de la Presse et du Public à
Clermont-Ferrand
en 1991.
Ilha das
flores (L’île aux fleurs)
de Jorge Furtado
Brésil - 1989 - couleur - 35 mm - 12 min - version française
En 1989, Jorge Furtado reçoit une commande de l’université de Rio Grande do Sul pour réaliser une vidéo sur le traitement de déchets. Choqué par ce qu’il découvre tout près de chez lui*, il met huit mois pour écrire un scénario auquel il donnera une forme étonnante, totalement non-conventionnelle, à la fois drôle et cynique, comme si, pour lui, la dérision était le seul moyen de s’en sortir face à une réalité aussi tragique et honteuse.
"J’ai voulu montrer à un visiteur inter-planétaire comment est la Terre. Caetano Veloso dit de la baie de Guanabara** que nous ‘sommes aveugles de tant la voir’. J’ai fait la même chose avec la misère brésilienne. Nous sommes devenus insensibles à force de la voir sans cesse."
On n’en dira pas plus sur ce petit film de 12 minutes qui a largement mérité son avalanche de prix. Avec L’île aux fleurs, Furtado a, de toute évidence, réalisé un petit chef-d’oeuvre d’une inventivité à vous couper le souffle. Il faut le découvrir sans rien savoir, mais attention, car il vous saute aux yeux comme de la dynamite.
*
L’île aux fleurs se situe
non loin de Porto Alegre, au sud du Brésil, où vit le
réalisateur.
** A Rio de Janeiro.
Image
:
Roberto Henkin, Sergio Amon
Montage :
Giba Assis Brasil
Direction artistique :
Flapo Barth
Production :
Monica Schmiedt, Giba Assis Brasil /Nora Goulart
Casa de Cinema, Porto Alegre.
Distribution :
Libération Films, 67, rue Dupont, B-1210 Bruxelles
Tél : 32/2/217 48 47 Fax : 32/2/217 48 47
S'il est vrai que le
cinéma est
une activité collective, il est également et surtout une
activité fondée sur la coopération. A Hollywood,
cette coopération s'appuie sur le pouvoir de l'argent : payer
les
scénaristes qui écrivent les histoires, payer les
directeurs qui les réalisent, payer les techniciens, les
étoiles et stars dont la seule présence sur le
générique est synonyme de bonnes recettes. Il s'agit donc
d'une collectivité à la base financière et d'une
coopération régie par le pouvoir du capital. Mais ce
modèle nord-américain n'est pas le seul possible sur
notre
planète. Dans un grand nombre de pays, une bataille s'est
engagée depuis longtemps pour conformer d'autres modes
collectifs
et coopératifs pour la production de films. C'est de l'un de ces
modes que j'aimerais vous parler.
Depuis la fin des années 1970, il existe à Porto Alegre, capitale de l'Etat du Rio Grande do Sul, un groupe de personnes qui produit des films avec peu d'argent, mais dans un esprit de collectivité et de coopération qui est notre principale richesse. Deux initiatives distinctes sont à l'origine de ce groupe : tourner des films de long métrage en Super 8 et les projeter avec succès ; et réaliser des films de fiction pour une chaîne de télévision publique, des films appréciés par les téléspectateurs. Ces initiatives, cela va sans dire, sont totalement étrangères à la logique américaine de production audiovisuelle, puisque, à l'origine, le super 8 était censé permettre aux parents de filmer les anniversaires de leurs enfants, cependant que les chaînes publiques, du moins les brésiliennes, ont toujours évité la production dramaturgique.
Mais, vers la
moitié des
années 1980, un groupe d'une vingtaine de personnes -
scénaristes, directeurs, comédiens, producteurs et
techniciens - vivant tous à Porto Alegre et exerçant tous
des activités étrangères au cinéma,
découvrirent qu'ensemble ils pouvaient réaliser plus de
films, et meilleurs. C'est de cette notion de collectivité et de
coopération que naquit une phase nouvelle pour le cinéma
gaucho, sans les ambitions industrielles de la Vera Cruz de Sao Paulo
dans les années 1950, sans une esthétique qui lui serait
propre, comme l'avait fait le cinéma nouveau de Rio de Janeiro
dans la décennie suivante. C'était quasiment de
l'artisanat, dont le cadre idéologique, plutôt que
d'être disséqué dans la presse, se tramait en
sourdine, film après film.
Ce groupe, qui
s'élargit
rapidement et adopta le format 35 mm, s'affirma par la création
d'une association de professionnels du cinéma gauchos, l'APTC.
Cette association devint l'interlocuteur des cinéastes de l'Etat
auprès des organismes publics censément chargés de
promouvoir la production et la projection de films. Malgré les
crises du cinéma brésilien -qui sont quasiment
quotidiennes - l'APTC est encore un modèle de collaboration
démocratique et transparente entre les secteurs public et
privé. Elle n'a assurément pas réglé tous
les problèmes structurels et financiers du cinéma gaucho,
mais elle s'est certainement battue, et beaucoup, pour améliorer
sa situation. C'est grâce aux efforts de l'APTC que fut
créée, il y a deux ans, la Fondation de Cinéma de
l'Etat du Rio Grande do Sul, responsable du plus grand concours de
projets de films de long métrage à l'heure actuelle au
Brésil.
Permettez-moi de vous dire quelques mots sur notre productrice, la Casa de Cinema de Porto Alegre. A la fin des années 1980, alors que la qualité des films du Rio Grande do Sul était définitivement reconnue dans tout le pays, et que nombre de réalisateurs, groupés en petites sociétés productrices, souhaitaient faire de meilleurs films, l'idée voit le jour de fonder une société cinématographique de production et de distribution.
Nous étions douze : nous voulions nous consacrer exclusivement au cinéma, mais nous avions peu ou prou d'argent. Nous avons loué une petite maison, installé un téléphone, et embauché une secrétaire. A la même époque, le nouveau président du Brésil, Collor de Melo, démantela la structure chargée de soutenir la production cinématographique, assénant ainsi le pire coup de l'histoire du cinéma brésilien.
Plutôt que de jeter l'éponge, nous avons mis en place le projet : « On les emmerde ». Notre idée était qu'il fallait faire un film, malgré notre compte courant à sec, malgré le gouvernement, malgré l'envie de laisser tomber la Maison du Cinéma et de rentrer chacun chez soi. Nous avons donc organisé un concours interne de scénarios et pris la décision de faire un film sur l'histoire d'une tomate que les porcs refusent de manger et qui finit par servir d'aliment à des êtres humains. Ce film, intitulé l'Ile aux Fleurs, tourné sans argent ou presque, a reçu des prix dans les festivals les plus importants de la planète et est encore l'un des plus vendus par la Maison du Cinéma à l'heure actuelle.
Entre 1989 et aujourd'hui, la Maison du Cinéma a changé deux fois d'adresse et compte six associés (Ana Azevedo, Giba Assis Brésil, Carlos Gerbase, Jorge Furtado, Nora Goulart et Luciana Tomasi). Mais elle n'a rien perdu de sa notion originelle de collectivité et de coopération et chaque film produit est une ouvre d'auteur originale. En 2000, nous avons lancé notre premier long métrage - « Tolérance ». Nous travaillons actuellement au montage de notre deuxième film - « Il était une fois deux étés » - et nous allons commencer dans les jours qui viennent le tournage d'un troisième long métrage : « L'homme qui copiait ».
Afin de mettre en
ouvre ces projets,
présents et futurs, aux budgets très élevés
la Maison du Cinéma ne craint pas de s'associer à grandes
compagnies de l'audiovisuel, telles la Columbia Tri-Star du
Brésil et la chaîne de télévision Globo.
La règle est
toujours la
même : s'il y a indépendance créative et
volonté de faire un bon film, respect mutuel de toutes les
parties, le cinéma ne peut qu'y gagner. Nous avons certainement
des choses à apprendre de nos partenaires, principalement pour
ce
qui est de la distribution et de la commercialisation, et eux aussi,
nous l'espérons, seront mieux à même de respecter
les formes cinématographiques les plus variées
esthétiquement parlant, et géographiquement mieux
distribuées.
La Maison du Cinéma est fière, en outre, de ses activités dans le domaine électoral et politique. Nous avons produit les programmes télévisés des cinq dernières campagnes municipales et fédérées du Parti des Travailleurs, qui en a remporté quatre. Nos rapports sont à la fois professionnels et idéologiques. Jamais nous n'accepterons de participer à des campagnes électorales pour des partis qui ne seraient ni populaires, ni socialistes. Si l'origine de la Maison du Cinéma se rattache à son esprit collectif et à l'intense coopération entre les parties, il est évident et logique qu'elle souhaite voir le même type de remède appliqué contre les effets nocifs du capitalisme s'étendre à toute la société.
Merci beaucoup pour votre gentille attention.
Por
Eron Duarte Fagundes![]()